Charlotte Aftassi

THÉOLOGIE. Le temple de feu zoroastrien. Yazd, Iran



Eusèbe de Césarée écrivait dans sa Préparation Evangélique : “La plus belle définition de la divinité qui se trouve parmi les Anciens est celle de Zoroastre”.

Si beaucoup d’esprits ont déjà entendu parler de Zarathoustra en référence au Surhomme de Nietzsche, en réalité Zoroastre est encore bien méconnu voire inconnu en Occident. Zérah-Ushtar, prophète fondateur du zoroastrisme ayant acquis la science lumineuse au travers d’un dieu unique Ahura-Mazdâ, s’inscrit comme le réformateur du mazdéisme. Le zoroastrisme, né en Perse, est la plus ancienne religion monothéiste encore pratiquée dans le monde, ayant profondément influencé les religions monothéistes suivantes. Une majorité d’érudits réputés sur le zoroastrisme comme Mary Boyce semblent être d'accord sur environ 1500 - 1200 av JC.


Parmi les formes zoroastriennes de l’art sacré se trouve entre autre, l’architecture des temples du feu. Le temple du feu est un sanctuaire zoroastrien dans lequel le feu occupe une place éminente et où se déroulent les prières religieuses les plus importantes, comme la lecture des textes sacrés. Les paroles de Zarathoustra sont contenus dans les Gāthās mais l’essentiel du zoroastrisme repose simplement et bonnement sur “les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions”. Simple et efficace.

Les zoroastriens vénèrent la lumière absolue, source métaphysique : Ātar le feu sacré. Ce feu, fils d'Ahura-Mazdâ, est entretenu dans tous les temples zoroastrien. Ici, nous nous attarderons sur le plus connu et certainement le plus symbolique de tous en raison de son lieu et de son importance : Atashkadeh-e Yazd situé à Yazd en Iran dont le feu brûle toujours et ce depuis plus de 1500 ans.

Nous ferons un bref rappel historique du zoroastrisme au cours de l’histoire afin de mieux comprendre les enjeux architecturaux du temple de feu de Yazd et ainsi pénétrer dans le temple et atteindre la flamme sacrée.



I. Histoire zoroastrienne dans la Perse Antique et avènement du temple de feu de Yazd


1. Zoroastrisme dans la Perse Antique


Empire Achéménide


L’ensemble des rois sous l’Empire Achéménide étaient des adorateurs d’Ahura Mazda et de Mithra. On retrouve aisément le Faravahar dans des bas-reliefs de Persépolis, mais il semble peu probable que ces rois se soient substitués à la réforme du prophète. Bien que Darius eut échos de la doctrine de Zarathoustra, et que les rois achéménides étaient considérés comme des “Rois Justes” à la tête de gouvernement humanisés, le zoroastrisme resta d’abord un idéal à atteindre.


Empire Sassanide


C’est sous l’Empire Sassanide que le zoroastrisme devient la religion officielle de l’Etat. Une particularité de cette période, est l’affirmation que les Mages étaient les gardiens de la doctrine zoroastrienne avant son établissement comme religion d’Etat. Plus tard, toute la communauté adhéra à la religion réformée en diffusant les principes dans toutes les provinces. Jusqu’à la chute de la dynastie Sassanide et l’arrivée de l’Islam. Une invasion doublée d’une persécution qui marque la fin majoritaire du zoroastrisme en Iran. Début de l’exode des zoroastriens de l’Iran vers l’Inde en vue de protéger et de préserver la culture et la religion zoroastrienne sous la conquête arabe.


Il est à noter qu’il n’y avait pas de temples du feu à l’époque achéménide. Toutefois, dans certaines inscriptions, les rois se glorifient d’avoir fondés les “feux”. Mais le feu devait être visible de tous. Il était alors allumé sur un petit autel, dont plusieurs exemplaires ont subsisté à Persépolis.

Les plus anciens temples du feu restants et documentés d'Iran ont été établis pendant la période parthe (vers 200 av JC) et la plupart des temples du feu ont été établis sous la domination sassanide (224-651 ap JC). Donc à l’époque Sassanides, ils existaient. Certains temples du feu en Iran ont depuis changé d'usage et sont devenus des mosquées. Beaucoup d'autres sont en ruines.